En République démocratique du Congo (RDC), l’utilisation quotidienne de mèches synthétiques de basse qualité par de nombreuses femmes suscite de plus en plus d’inquiétudes dans le corps médical. À Kinshasa, des professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme face aux risques liés à l’exposition prolongée à certaines substances chimiques contenues dans ces produits capillaires largement répandus. Lors d’un échange ce samedi 4 avril avec un médecin de la capitale congolaise, cette problématique a été présentée comme un véritable enjeu de santé publique, dépassant désormais le simple cadre esthétique.
Le Dr Thierry Mbemba, médecin généraliste à la clinique « La Résurrection » située dans la commune de Mont-Ngafula, met en garde contre les effets potentiellement nocifs de ces mèches synthétiques, très prisées en raison de leur coût accessible.
« À la croisée des données scientifiques et des réalités vécues dans les salons de coiffure de Kinshasa, la question des mèches synthétiques dépasse désormais le simple cadre esthétique pour la femme congolaise. L’usage de fibres synthétiques de "qualité douteuse", très prisées pour leur coût abordable, est un danger silencieux pour la fertilité et expose les consommatrices à des perturbateurs endocriniens », a-t-il déclaré.
Une menace invisible mais réelle
Dans de nombreux salons de coiffure à Kinshasa, les mèches synthétiques sont devenues un élément incontournable des pratiques de beauté. Faciles à coiffer, disponibles en grande quantité sur les marchés et surtout peu coûteuses, elles séduisent une large frange de la population, notamment les jeunes femmes.
Cependant, derrière leur apparente innocuité, ces produits peuvent contenir des substances chimiques dangereuses. Parmi celles-ci figurent certains composés susceptibles d’agir comme des perturbateurs endocriniens, capables de dérégler le système hormonal.
Selon plusieurs études scientifiques évoquées par les spécialistes, une exposition répétée à ces substances pourrait entraîner des effets à long terme, notamment sur la fertilité féminine, le fonctionnement de la thyroïde ou encore le développement de certaines pathologies hormonales.
Des risques accrus dans un contexte d’usage prolongé
Le danger est d’autant plus préoccupant que ces mèches sont souvent portées pendant de longues périodes, parfois plusieurs semaines, voire plusieurs mois. À cela s’ajoutent les conditions climatiques de Kinshasa — chaleur et humidité — qui peuvent favoriser la libération de substances chimiques et leur absorption par le cuir chevelu.
Par ailleurs, certaines pratiques courantes, comme l’utilisation de chaleur (eau chaude, fers à lisser) pour fixer ou modeler les mèches, pourraient accentuer la libération de composés toxiques.
Le Dr Mbemba souligne que cette exposition quotidienne et répétée constitue un facteur aggravant, surtout lorsque les produits utilisés ne respectent aucune norme de qualité ou de sécurité.
Un problème lié au pouvoir d’achat
L’un des principaux facteurs expliquant la popularité de ces mèches reste leur prix. Dans un contexte économique difficile, de nombreuses femmes se tournent vers les options les moins chères, souvent au détriment de la qualité.
Les mèches synthétiques haut de gamme, généralement mieux contrôlées et moins susceptibles de contenir des substances nocives, restent hors de portée pour une grande partie de la population.
Cette réalité met en lumière une problématique plus large : celle de l’accès à des produits cosmétiques sûrs et réglementés en RDC.
Vers une prise de conscience collective ?
Face à cette situation, les professionnels de santé appellent à une sensibilisation accrue du public. Informer les femmes sur les risques potentiels liés à certains produits capillaires apparaît comme une priorité.
Ils recommandent notamment de privilégier des mèches de meilleure qualité, de limiter la durée de port, et d’éviter les produits dont l’origine ou la composition est incertaine.
Au-delà de la responsabilité individuelle, certains observateurs estiment que les autorités sanitaires devraient renforcer les contrôles sur les produits importés et vendus sur le marché local, afin de protéger les consommateurs.
Un enjeu de santé publique sous-estimé
Longtemps perçue comme une simple question esthétique, l’utilisation des mèches synthétiques s’impose désormais comme un sujet de santé publique à part entière. Les risques évoqués, bien que souvent invisibles à court terme, pourraient avoir des conséquences importantes sur la santé des femmes à long terme.
Dans une ville comme Kinshasa, où les pratiques capillaires font partie intégrante du quotidien, cette problématique mérite une attention particulière.
L’alerte lancée par le Dr Thierry Mbemba s’inscrit ainsi dans une dynamique plus large visant à mieux encadrer l’usage des produits cosmétiques et à promouvoir des habitudes plus sûres, pour préserver la santé des femmes congolaises.
Félix Mulumba
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